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Pablo n'a vraiment pas l'air d 'apprécier son nouvel environnement - et c'est compréhensible. Le foin de Crau a beau être peut-être le meilleur de France il ne remplacera jamais l'herbe à volonté de ses prés lorrains; et ni celle de mon jardin et ni celle des prairies à foin (qu'on squatte pendant nos balades) ne suffisent à combler son appétit d'ogre - que dis-je! d'irish cob. De plus, la chaleur écrasante l'abrutit complètement et il comate dans son abri à longueur de journée...
Fait étonnant, malgré l'intensité du soleil de provence Pablo n'a pas choppé le moindre coup de soleil! Ma théorie personnelle est que justement, le soleil tappe tellement fort que Pablo se sent griller tout de suite et va vite s'abriter à l'ombre, alors qu'en Lorraine il restait exposé et recevait des UV pendant des heures.
Dans le série des nouveaux problèmes: les mouches plates! Ces
bestioles sont de vraies saloperies! Elles rampent partout ou on peu trouver de l'obscurité sur un cheval (je vous laisse deviner vers où ) et sont Maitresses dans l'art d'esquiver les baffes.
Comme si leur dexterité ne suffisait pas elles disposent d'une constitution de troll! Vous pensez vous en débarrasser d'une simple claque, comme les taons? Faut pas rêver! J'en ai vu survivre à
un puissant et méticulleux « écraboutaillage » type « crotte de nez » entre le pouce et l'index...
Elles nous gonflent! J'irai voir à la sellerie du village voisin si
il n'y a pas de produit spécial contre ces fourbes...
Je surveille également les sabots du monstre: j'ai peur qu'ils ne supportent pas la sècheresse d'ici et la dûreté du sol: la terre ici est dure comme du ciment, et je ne parle pas des collines et de leurs cailloux! Par rapport à la boue et à l'herbe ça fait un sacré changement... Il est trop tôt pour dire quoi que ce soit, on verra bien.... Mais en attendant je m'arrange pour les hydrater le plus souvent possible.
***
Pour l'instant, ma préoccupation principale est la base de la queue du Pab' : le jour de son arrivée, on avait juste pris le temps de lui vaporiser grossièrement un désinffectant violet pour bestiaux.
Le lendemain soir , le cuir brûlé avait formé une croûte violette et caoutchouteuse qui se fendillait sur le pourtour. A y regarder de plus pres, on pouvait voir que ces craquelures étaient assez profondes ... et remplies de pus. En soulevant la croute, on comprenait vite que le pus s'étendait sous toute la blessure. Catastrophe.
Fébrile à l'idée du « nettoyage de plaie » qui m'attendait , j'ai fait deux pharmacies et une sellerie pour trouver tout ce dont j'avais besoin...
Bétadine, Septivon, compresses stériles, bandages, brosse à dent souple, ciseaux, et mes deux nouveaux meilleurs amis: une pommade cicatrisante qui fait repousser le poil de la bonne couleur pour seulement 50 euros les 30ml (offre exceptionnelle: -50%, sinon j'aurais toussé grave) et l'Aluspray, un pshitt qui met une couche grasse de micro-paillettes d'aluminium sur la plaie, pour la protéger des mouches, du soleil, de l'assèchement...
Je vous passe les détails sur le premier nettoyage de la plaie. Je dirai juste que j'ai du décoller, tirailler, gratter et couper.... que la chair purulente en dessous n'était pas belle à voir et que Pablo dans tout ça a été tres courageux (ou trop écrasé par la chaleur pour bouger, on ne le saura jamais).
J'ai mis le bandage le premier jour, mais ça ne tenait pas et ça finissait par faire plus de mal que de bien. Pendant plus de deux semaines (et là j'étais contente de pouvoir y aller en 4 minutes de vélo!) j'ai nettoyé la plaie matin et soir au Septivon, puis re-désiffecté à la bétadine, puis Crème-cicatrisante-en-or étalée du bout des doigts puis aluspray en guise de pansement. Et comme la plaie s'étendait sur les côtés du couard et qu'il fallait le soulever pour en mettre partout, Pablo aura porté quelques temps le sobriquet rafiné d' « Anus d'Argent » . (haaaa.... mon sens aigu de la poésie vous manquait je suis sure...!)
Et comme vous aimez les photos je ne vais pas vous en priver plus longtemps ... ^^ Bon
Appetit!
Avant nettoyage:
Apres les soins :
Le seul l'unique le merveilleux: Anus d'Argent
La nouvelle pension de Pab, « Lou Paradou » , est
seulement à un tout petit kilometre à pieds de la maison de ma grand mère – où je suis venue habiter. Elle propose des Paddocks de terre battue de 400m² par cheval, au pied de la
colline.
La plupart des Paddocks ont un abri ouvert spacieux pour protéger les chevaux du soleil et du mistral. On y trouve également une carrière « en herbe », un rond de longe, et une super ambiance. Le prix par mois est de 160 euros, entretient, foin, et même travail compris (à la demande): pour la région c'est vraiment une bonne pension, et plutot pas chère...
Malgré tout, Pablo n'y restera que le temps que je trouve plus vert et plus spacieux, et la tâche ne s'avère pas aisée car dans cette région de pierre et de feu, rien n'est moins évident que de trouver de la verdure.
J'ai pourtant déjà une piste : ma mère connait une bouchère qui fricote avec un bonhomme qui a des chevaux de l'autre côté du village. Je suis allée voir mais l'état des deux croisés camarguais que j'y ai vu et les clôtures bricolées en palettes donnent une impression générale de misère qui me donneraient presque envie de retourner en Lorraine... C'est dire...
Au Paradou au moins les clôtures sont propres et les chevaux soignés...
Et puis c'est si pres de ma maison...
D'ailleurs, faute de mieux, j'ai l'herbe de mon jardin à proposer à Pablo... on y va à la fraiche, en longe et au pas puisque Môsieur est toujours en arret de travail.
Mon cheval dans mon jardin: c'est non seulement un fantasme de gosse, mais en plus c'est un énorme symbole par rapport à mon idée fixe de ces dernières années: rentrer à la maison, avec Pablo, rentrer à la maison...
Pablo semble énorme dans ce jardin, il prend une place folle! Et je
ne peux pas le lacher car il y a trop de pots de fleurs, meubles de jardin et arbustes... il risquerait de faire des dégats, notament à ses jambes, si l'idée lui prenait d'exprimer sa joie.
Malgré cela, il tond la pelouse et ses trèfles avec avidité, à l'ombre du vieux murier platane, ne relevant le nez que pour engloutir les carottes que ma mère et ma grand mère - complètement
gagas - lui apportent...
C'est surréaliste.
Apres tout ce temps à espérer et à désespérer... encore une fois, j'ai l'impression de rêver.
*****
Ainsi, pendant près de trois semaines, Pablo n'avait pas boité.
Yay! U can talk!